Coordination et direction de publications
« Minoritaires en Iran », numéro spécial de la revue Genre, sexualité & société, coordination du numéro dirigé par Lucia Direnberger et Sahar Aurore Saeidnia, à paraître au printemps 2023.Ce numéro thématique explore la manière dont les hiérarchies de classe, d’ethnicité, d’identités de genre et de sexualité construisent les rapports sociaux en Iran. Les cinq articles et entretiens qui composent ce numéro déploient la complexité des rapports de pouvoir dans une société iranienne souvent réduite à une représentation monolithique et essentialiste de la « question de la femme ». Ils s’appuient pour ce faire sur des enquêtes empiriques engagées depuis plusieurs années sur un terrain iranien particulièrement difficile d’accès, et sur un riche corpus de recherches sur le genre en Iran encore méconnu du public scientifique français.« Intrus/Eindringling », Trajectoires, n°13, 2020, avec Lucia Aschauer, Jawad Daheur, Margot Damiens, Hélène Florea, Christian Gründig et Isabell Scheele.L’idée de ce numéro thématique est issue du constat de l’usage multidimensionnel de la notion d’intrusion dans les discours politiques contemporains. Désignant des agents pathogènes ou des virus informatiques, des personnes ou des groupes de personnes indésirables, la notion d’intrus, ou d’Eindringling en allemand, est l’objet d’une attention critique dans ce numéro interdisciplinaire et bilingue. L’appel à contribution invitait à explorer les connotations et les ressources propres de la notion, par rapport à d’autres notions voisines plus couramment usitées dans les sciences humaines et sociales (l’exclusion, l’altérité, ou l’étrangeté). L’appel a donné lieu à des contributions envisageant le rapport de la notion d’intrusion à un stigmate assigné de l’extérieur, mais aussi l’apport spécifique de la notion d’intrusion pour envisager la nature des violences sexuelles et de la violation de l’intimité.« Politique de la non identité / Politik der Nicht-Identität », Trajectoires, hors-série n°4, janvier 2020, dir. avec Estelle Ferrarese, Frank Müller, Éliette Pinel et Alexandra Richter.Ce numéro hors-série est issu d’une rencontre interdisciplinaire de jeunes chercheurs consacrée aux réceptions de la notion de non-identité, pivot de la réflexion de Theodor W. Adorno. Partant du constat de l’inflation sémantique du vocabulaire de l’identité au sein d’un spectre politique très large, la rencontre avait pour but d’interroger les ressources politiques et critique de la notion de non-identité. Quatre axes de recherches se sont déployés à partir de cette démarche. Le premier, logique, revenait au sens de l’introduction de la notion de non-identité dans la Dialectique négative d’Adorno. L’axe de réflexion esthétique explorait l’art et la littérature comme modèles possibles d’une expérience de la non-identité. L’axe de réflexion psychanalytique était l’occasion de revenir à l’inspiration freudienne à l’origine de la thématisation de la notion. Enfin, les dimensions plus directement politiques de la notion étaient interrogées pour envisager les perspectives d’une politique de la non-identité, à la fois comme redéfinition négative de l’utopie, et comme politique consciente des limites à un certain vocabulaire de l’identité propre aux politiques de la différence ou de la reconnaissance.« Heureux comme Adorno en France ? », cahier spécial dans la revue Recherches Germaniques, n°49, décembre 2019, dir. avec Katia Genel, Agnès Grivaux et Frank Müller.Ce cahier spécial prend acte d’un revirement important concernant la réception française d’Adorno durant la dernière décennie. Après une rencontre manquée entres les intellectuels français et Adorno dans les années 1980, un changement radical semble avoir eu lieu, à la faveur d’un négativisme adornien plus adéquat pour penser les conditions sociales contemporaines. Ce dossier a cherché à mettre en lumière un renouvellement de la réception d’Adorno selon deux axes : un premier axe déploie des perspectives franco-allemandes, qu’il s’agisse de la réception d’Adorno en France ou de la manière dont certains rapprochements avec la tradition française de la critique permettent de faire apparaître dans la pensée d’Adorno des éléments moins étudiés ; selon un second axe, il s’agissait d’éclairer la réception d’Adorno par une réflexion autour de la traduction et des transferts entre langues et disciplines.
Chapitre d’ouvrage collectif
« Critiques des formes de vie féminines dans les Minima Moralia d’Adorno », in : S. Laugier et E. Ferrarese (dir.), Formes de vie, CNRS Éditions, 2018, p. 149-169.Ce chapitre d’ouvrage propose de recomposer la critique originale des formes de vie féminines dans les Minima Moralia d’Adorno, tout en montrant l’apport heuristique de la notion de forme de vie pour la pensée féministe. Afin de conserver à la notion son potentiel critique, l’article remet en question la dimension androcentrée de la réflexion adornienne, en exposant les apories de son anthropologie d’inspiration freudienne. Ce faisant, il s’agit de « critiquer Adorno pour mieux apprendre de lui » et mettre sa critique au service des interrogations féministes propres à notre temps.
Articles dans des revues à comité de lecture
« Constellations et intersections. Une approche de l’imbrication du genre et de l’antisémitisme à partir de la Théorie critique », in : L. Barbisan, A. Grivaux et B. Quélennec (dir.), Prismes, Théorie critique, volume 5 : « Antisémitisme et Théorie critique aujourd’hui », mars 2023, p. 241-289.L’article confronte la théorisation francfortoise de l’antisémitisme aux récentes théories intersectionnelles pour comprendre l’antisémitisme et son imbrication spécifique au genre. Il s’agit, d’une part, d’enrichir réciproquement les deux types d’approches, en montrant leurs limitations tout comme leurs contributions majeures pour appréhender la complexité de l’imbrication du sexisme et de la racialisation. On propose, d’autre part, une réflexion d’épistémologie des sciences sociales portant sur les concepts d’intersectionnalité et de constellation. On montre que le concept benjaminien et adornien de constellation offre d’importantes ressources pour corriger la marginalisation fréquente de l’antisémitisme dans les théories intersectionnelles, laquelle renvoie d’après nous aux limites inhérentes au concept même d’intersectionnalité. Par contraste, l’usage sociologique du concept de constellation défendu dans l’article, évite la focalisation sur le vécu des dominations au détriment de leur genèse et de leur relation aux antagonismes qui traversent la réalité sociale.« “Identification dialectique” et genèse patriarcat. Alfred Sohn-Rethel et la Dialectique de l’Aufklärung », in : O. Schlaudt et F. Willmann (dir), Recherches Germaniques, hors-séries n°14, mai 2020, p. 45-54.Cet article entend montrer l’influence souterraine d’Alfred Sohn-Rethel sur la Dialectique de la Raison et son importance particulière pour comprendre la critique du patriarcat dans l’ouvrage d’Adorno et de Horkheimer. Bien que Sohn-Rethel n’y soit pas mentionné, son extension de la méthode génétique matérialiste aux catégories de l’entendement rend véritablement lisible la critique de la rationalité moderne identifiée à l’émergence d’une subjectivité supposée masculine.« Kritik der weiblichen Lebensformen und Pathologie der ‘männlichen’ Vernunft in Adornos Minima Moralia », in : Recherches Germaniques, n°49, décembre 2019, p. 151-161, [en ligne].Cet article est une version germanophone et amendée de la réflexion proposée dans l’ouvrage collectif sur les Formes de vie (voir plus haut).« De la dénaturalisation à la renaturalisation des femmes, nature et réification chez Adorno », in : Trajectoires n°12, 2019.Les réflexions de Theodor W. Adorno sur les femmes semblent mettre en jeu deux gestes a priori distincts. Le premier « dénaturalise » la féminité en montrant ses ressorts strictement historiques. Le second contribue à la « renaturaliser » symboliquement, notamment en faisant de ses caractéristiques dites naturelles des leviers pour la résistance au patriarcat. L’article propose d’interroger ces deux gestes en s’attardant sur la portée dialectique du second.« Bruno Frère (dir.) – Le tournant de la théorie critique », compte rendu critique, in : Émulations [en ligne], mars 2018.
Notices encycloplédiques
« Aliénation », avec Marie Loslier-Simon, Dictionnaire du genre en traduction, février 2023, en ligne : https://worldgender.cnrs.fr/categorie_notice/theorie-feministe/ Cette notice rend compte des réappropriations féministes du concept d’aliénation hérité de la tradition philosophique. Après avoir rappelé les jalons essentiels de cette tradition dans les pensées de Rousseau, Hegel et Marx, il distingue trois grandes formes de conceptualisations féministes de l’aliénation. Elles ont en commun l’analyse critique d’une forme spécifiquement féminine d’aliénation, liée à une multiplicité de phénomènes (dépossession des capacités, fragmentation du corps, réduction à l’objet, adhésion paradoxale à l’assujettissement). On présente d’abord la pensée beauvoirienne de l’aliénation. Marquée par l’existentialisme, elle considère l’aliénation comme une dimension constitutive de l’existence humaine, tout en cherchant à saisir les déterminants à la fois psychiques et sociaux de l’aliénation féminine. Cette conceptualisation féministe inaugurale se caractérise par une double approche, à la fois ontologique et historico-sociale, qui marque durablement la réflexion féministe. Sont ensuite distingués deux champs de la critique contemporaine, héritiers de Beauvoir : celui de la critique de l’objectification sexuelle, d’une part, et de la critique fémo-marxiste, d’autre part. Tandis que le premier confère à la réflexion sur l’aliénation une portée éthique et juridique en exposant la problématicité morale impliquée par le traitement instrumental du corps féminin chosifié, le second privilégie l’étude des structures capitalistes qui pérennisent l’auto-aliénation féminine, et résistent ainsi aux effets de la critique morale. La notice conclut sur les raisons de l’étonnante dichotomie divisant encore la philosophie sociale de l’aliénation et la réflexion féministe sur l’aliénation, et propose de la surmonter grâce à la Théorie critique de l’École de Francfort.« Réification », avec Marie Loslier-Simon, Dictionnaire du genre en traduction, notice soumise.On propose une carte conceptuelle des différentes reprises et réinventions du concept de réification dans les théories féministes. L’article revient tout d’abord sur la confusion courante dans la pensée féministe entre la « réification » et l’ « objectification sexuelle ». Il s’agit tout autant de distinguer les usages et les connotations différentes de ces deux termes, que de rendre compte de leur confusion occasionnelle expliquée par le transfert et les traductions réciproques entre trois langues (l’allemand, l’anglais et le français). Dans un second temps, on revient à la compréhension du concept de réification dans la théorie sociale de la première École de Francfort pour comprendre comment la réification est attachée à la naturalisation de lois historiques et conditionne un type de socialité qui reproduit l’oppression des femmes. À partir de cette ressaisie sociale du concept, on propose d’explorer trois directions de sa réappropriation matérialiste : (1) dans la théorie queer, qui met en avant la réification des catégories sociales d’identités de sexe et de genre, (2) dans les théories de la reproduction sociale (ou Social Reproduction Theory) qui reprennent et dépassent la critique de Marx pour montrer que la création de survaleur dans le capitalisme repose sur le travail de reproduction sociale, considéré comme non productif, (3) dans l’écoféminisme qui se situe dans la continuité généalogique de la critique de la raison instrumentale par Adorno et d’Horkheimer, montrant que l’assignation des femmes à une essence naturelle repose sur la création d’un concept de nature séparé, dévalué et dépendant, donnant ainsi un cadre à l’exploitation du travail des femmes et à celle de la nature.
Autres publications
« Entretien avec Marc Crépon : autour du Consentement meurtrier », in : Actuphilosophia, [en ligne], mars 2013.« Entretien avec l’intellectuel algérien Mohamed Benchicou », in : Revue Averroès, Variations, mars 2013.« Karl Popper : À la recherche d’un monde meilleur », in : Actuphilosophia, [en ligne], octobre 2012.« Thierry Ménissier : la liberté des contemporains », in : Actuphilosophia, [en ligne], avril 2012.« À quoi rêve le dictateur ? », in : Arabsthink, janvier 2012.« La révolution arabe et ses femmes », in : Arabsthink, novembre 2011.
Articles en préparation
« Kritische Theorie und Feminismus (dir. K. Stögner et A. Colligs, Berlin : Suhramp, 2022) ».Note de lecture pour la Revue Française de Sciences Politiques. « Penser la liberté après-guerre : une discussion manquée entre Adorno et Sartre » (avec Jean Tain)L’article propose de reconstruire la controverse philosophique virtuelle entre Adorno et Sartre sur le thème de la liberté dans le contexte de sa dénégation et de sa mutilation. Alors que Jean-Paul Sartre publie L’Être et le Néant en 1943, avec une philosophie de la liberté « en situation » qui tranche sur le contexte de l’Occupation, Theodor W. Adorno réagit en 1948 à la pensée de Sartre en voyant dans cette théorie de la liberté un paradoxe, dans une société où celle-ci est concrètement de moins en moins possible.
